Chroniques

Chroniques

 

1 - Cet ailleurs,

 

J'offre ma caricature aux Hommes de la Terre,

Jeux d'ombres ballet à la cour de Venise

Ces danses délicates où les pas s'amenuisent

La lueur et la nuit dans laquelle ils se plongent

La Dame se penchant sur le berceau de ses songes.

 

Je suis la réplique d'un pantin bien pensé,

Derrière le faste, les masques d'Automne

Se dessine l'esquisse d'un monde feutré ;

 

Poursuivant son voyage

Chevaline mon amie

Courant sans essouffle

Les Landes mouvantes

 

En lisière des Mers

L'Aube se levait

Sur la Jetée laissant

      Une, deux vermeilles traces ;

 

Si ce n'était là que la fin d'un départ,

Mais l'éloge du cœur porte sur la raison

Un filet de senteurs dont l'onde salée

Au temps regretté des amères saisons.

Campagne Morgane 

 

2 -« Muse, je n'ai peut-être pas tes ailes mais la plume que tu daignas me laisser m'inspire l'envol. »

 

L'irréelle lueur festoie sur les cimes

Plonge sifflante sur les pierres plaintives

La lutte qui s'engage sur les terres enneigées

Déroute la belle sublime ses apprêts.

 

Les pans de lumières déchirent les ombres

Tandis que ses pas esquissent le mouvement;

L'impression qui s'image derrière sa conscience

Illumine le matin d'une douce rosée.

 

Mais, déjà les fleurs se fanent,

Et le cycle à nouveau offre ses choix;

Les êtres facétieux hantent les hauteurs

Criminels témoins d'un funeste opéra,

Les cris d'une valse douloureuse ô combien

Les détournent, heurtés, d'un spectacle peu commun,

Et la douce ainsi seule sur les flots en dérives

D'un Empire imagine un ouvrage qui l’éprend.

 

Les rêves prenant vie dans ses songes enchanteurs

Elle décline sa palette aux nuances nacrées;

Elle protège néanmoins la tanière de ses maux

Et l'espoir qui précède l'outrage insensée.

 

 

Campagne Morgane 

 

3 - Anges mécaniques,

 

Ces ailes duveteuses et leur danse incessante

Sondent l'ailleurs d'un royaume impérial

Vives elles tournoient puis virevoltent et s'en viennent

Ces ombres prédatrices prisant leur envol.

 

Voilà qu'à la Tour ils échoient sur la pierre

Siège fantasque du maître des lieux

Ils déploient et égrainent leur heures de folie,

Anges mécaniques d'une ère de raison.

 

L'antique requiem dont s'abreuve les eaux

De leurs lèvres s'échappe, vers l'hélianthe s'élève;

Les terres s'emplissent de l'écho de ces songes

Baigne le refuge de ces bois mordorés.

 

Tandis que l'Automne et les neiges se succèdent,

L'agneau au couvert de la sphère boisée

S'endort et s'éprend de cet astre séculaire

D'où jaillissent lumières et ombres mêlées.

 

Du haut des murailles il orchestre la rythmie

Cet être qui domine et s'équilibre à la fois

Un appel à la muse qui jadis le guidait

Par le biais des sirènes au plumage d'acier.

 

 

Campagne Morgane 

 

4 - Pour Doriane, « l'Alice de mes songes ».

 

 

Lorsque les étoiles tomberons des nues,

Je serais là du haut de mon Empire

Sous mes pieds les flots hurlants

Le ciel déchirant l'onde de son écrin de pierre

L'écume caressant l'échine d'une créature qui n'est plus mienne.

 

Sortirons de leur tanières les Bêtes ivres de promesses

Tandis que se mirent les foudres dans l'ondine écarlate

L'animal qui lui ai échut murmure son heurt

Chevaline ma Douce te meurs tu dans l'ombre qui est mienne ?

Virevoltante, elle défie les astres de m'atteindre à nouveau.

 

Dans la poussière d'un monde lointain se mouve une mécanique étrangère

Un corps assoupi aspirant à l'envol,

Alice songe.

 

Tandis que je sombre dans mes propres Tumultes

Mes pensées me ramènent en mon lieu de prières

Gisent encore au sol des monceaux d'innocences foulés par ces pieds indélicats

Tandis que je traverse ces lieux souillées dont la pureté s'attache encore,

 

Kâ se résonne.

Qu'elle était donc cet éclat solitaire ?

La chatoyance d'un être lunaire qui effleure l'illusion d'un miroir sans tain.

 

Alice se joue des ombres, simulacre d'un havre.

 

Campagne Morgane 

  

5 - La danse primitive d'une guerre sans échos,

 

Suaves nuances d'une gestuelle animale

Les courbes s'esquissent dans l'ombre du mouvement,

Lorsque envahit d'un sombre désir

Le sommeil chasse les rêves le fuyant.

L'onde brûlante l'emporte sans détours

Le sang coule à flots et les êtres périssent,

La flore nouvelle née d'une brutale intention

Parsème l'horizon d'un vermeil primitif;

L'espoir qui rode à l'orée de ces terres

Se détourne rieur d'une contré désertée.

 

Sonne le cor et le glas de ces jours

Quand danse l’Écarlate à l'altière apparence;

Parmi les siens l'éclat d'une lame

La traîtrise aphasique d'une perfide allégeance,

D'un geste fatal qui lui ôte la vie

L'acier se réjouit d'un macabre événement,

Le héros d'un royaume jadis florissant

Tombe sous le fer de l'ennemi embusqué;

Tandis qu'infidèle le mal se love

En son sein le temps suspend son envol.

 

Les cris du parjure n'ont d'échos en cette nuit

Lui qui fût prit et châtié à son tour;

Offert à la mort mécanique il marchait

Soudainement déserté par l'humaine condition.

La machine infernale son ouvrage accompli,

Le réceptacle-reflet d'un blasphème perpétré

Inerte redevint sous les yeux d'Enfantine;

Le voilà maintenant prêchant l'acte criminel

Comme l'ultime salut d'une justice méritée :

La chute rédemptrice d'un crime du passé.

 

Fils d'une femme à l'allure sylvestre

Par l'épée il vengea l’infamie outrageuse,

Sacrifiée en l'honneur d'une coutume barbare

La Douce de jadis attisait les caresses

Des feux douloureux étrennant son bûcher.

L'orphelin erra seul, et la Fortune cruelle

Lui offrit comme père le bourreau de sa mère;

L'effroyable mascarade et son ballet d’imprudence

Se joua d'Innocence et de son cœur naquit

L'essence de vengeance un concept corrupteur.

 

Tandis que l'être narrateur sur la potence gît

Désormais honni d'une implacable peuplade,

L'enfant touchée par les paroles du proscrit

S'approche et l'honore de ces mots délicats :

« Les songes d'un ailleurs sacrifiés à dessein

Porterons sur leurs ailes les souvenirs du rêveur. »

Les membres ballants du pendu se raidirent,

Pâles incarnat les lèvres se mouvèrent

Allusive révérence d'une fillette disparue;

Il comprit et sourit, et la Faucheuse s'en vint.

Le tyran d'un royaume aujourd'hui massacré

Sous couvert d'ignorance fût ainsi inhumé

Les pleureuses en parade d'un funèbre cortège

Célébrèrent l'Arlequin d'une vaste comédie.

Du haut de sa tour la Dame observe

Le festif carnage d'une époque lointaine;

Repose sur ses genoux un songe innocent,

Le souvenir éthéré d'une enfant solitaire

Murmurant sereine les furieuses brides

D'un conte plaintif au passé révolu.

 

 

Campagne Morgane 

 

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