Les blés en Herbe

Les blés en Herbe

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 Depuis plusieurs semaines déjà, une institutrice de Comines (Nord) m’avait demandé de faire une intervention pédagogique sur l’art de la peinture en général, et sur le mien en particulier.

Artiste-peintre depuis une vingtaine d’année, je ne m’étais jamais imaginé qu’une telle chose pouvais m’arriver, le bourru et râleur qui ne s’est jamais mis à nu en peignant devant le chaland qui passe. Une certaine pudeur peut-être, une timidité c’est certain.

Mais voila, c’est que j’étais dos au mur. Pensez donc, ma petite fille Laura faisait partie de la classe, et quelle déception pour elle si je ne venais pas. A huit ans, on idéalise toujours trop.

Bref, le rendez-vous était pris, ce sera le 22 novembre. Et comment donc allais-je m’y prendre?

 

Le grand jour.

Une grande toile avec un motif simple, en aplat (et en acrylique, cela se nettoie mieux) sous le bras, les chevalets de campagne dans une main, des toiles en construction dans l’autre, les pots de peinture dans la troisième, chiffons, brosses et autres bricoles utiles dans la dernière, imaginez un peu ce grand ballot qui débarque dans une école dont il ne connaît personne sauf une élève, et l’institutrice (et encore).

Il est treize heures cinq, le temps de poser mon matériel sous le tableau vert, et déjà quelque chose se noue dans le ventre. Je respire un coup, mais j’ai l’impression que je dois avoir un visage blanc comme un cachet d’aspirine. “Ne vous inquiétez pas, cela va bien se passer, vous verrez” me dit l’institutrice.

Ouaips, facile à dire. Je suis pas pédagogue, moi.

L’institutrice m’emmène prendre un café et me présente à quelques collègues, je me détend un peu.

Treize heures vingt-cinq, “Ils” vont bientôt arriver, la sonnette de la rentrée retentit, ça y est, “Ils” vont entrer dans la classe, ça va être ma fête.

Un peu de chahut, mais je suppose que c’est toujours comme ça quand on rentre en classe, “Ils” s’installent, et je vois dix-neuf visages tournés vers moi, les bras croisés, l’air sérieux et attentif. Attention, c’est pas le moment de dire de bêtises.

L’institutrice me présente en tant qu’artiste et me passe la parole. J’ai le sentiment de bafouiller un peu. Vite vite, il faut que j’installe un dialogue mais tout ce que j’avais pensé à leur dire s’efface de ma mémoire comme le frottoir efface le tableau. J’ai la tête vide, complètement vide.

J’improvise, je fais comme “l’instit” de la télé et  j’inscris mon nom sur ce grand tableau vide, (faut bien commencer par quelque chose), et sans bien m’en rendre compte, une phrase sort de ma bouche, “De quoi à besoin un artiste-peintre pour lui travailler?”... un silence qui me parait long, un petit doigt timide se lève à moitié, je regarde ce petit visage tranquille, il sourit et annonce interrogativement ... “des couleurs?” d’autres doigts se lèvent, le dialogue s’instaure, et l’on parle. Les questions sont pertinentes, leur attention ne fait pas défaut, et il faut le brouhaha du couloir pour s’apercevoir qu’il y a déjà un heure et demi de passée. Je leur promet une surprise pour la seconde partie de l’après midi, il est quinze heures passé et il faut presque les pousser en récréation en promettant de répondre aux questions posées, à leur soif de connaissance, à leur attente.

...............

La construction d’une oeuvre collective émerveille les enfants. Sur une toile préparée, en les guidant, ils impriment leur main préalablement trempée dans la peinture acrylique et le miracle se réalise. L’aspect général de la toile est surprenant et spectaculaire. L’annonce qu’elle appartiendra à leur classe en janvier, (le temps de la terminer) fait monter des manifestations de joie et de bonheur. “ C’est parce qu’on s’est tous mis ensemble qu’on a pu faire ça, hein m’sieur ! “ dit une petite fille.   La voila la leçon des enfants... Un ange passe, les larmes me montent aux yeux, je détourne la tête pour que l’on ne vois pas l’émotion m’envahir, mais c’est trop tard, dans ce silence qui m’a paru durer une éternité, quelque chose de fort, de palpable est passée dans cette classe d’enfants de huit - neuf ans qui m’a accueillie comme l’un des leurs.

Il est l’heure de partir, mais il me réserveront encore une dernière surprise sur le seuil de leur classe. En choeur, ils me souhaitent de passer une bonne fin d’année et de joyeuses fêtes de Noël.

Ah, sacrée journée que je n’oublierai pas de sitôt, mais pas pour les raisons que j’avais en venant.

Bonne fin d’année les enfants, et joyeux Noël à vous aussi, et à l’année prochaine.

Alain

Ecole Jacques BREL Comines-France (Nord)

La toile est accochée dans le hall de l'entrée de l'école

Un travail individuel sur le théme discuté fut réalisé par les élèves*

Le journal de l'école fit une trés belle retrospective à l'attention des parents d'élèves

 

* De nombreux dessins me furent envoyés par voie postale,

je les garde comme un trésor précieux

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